Le rabbin de 8 000 Juifs éthiopiens bloqués se bat pour que leur exode s’achève

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Le rabbin de 8 000 Juifs éthiopiens bloqués se bat pour que leur exode s’achève

L’Agence juive Menachem Waldman tente de réunir des générations de Juifs convertis de force avec leur famille installé depuis près de 20 ans en Israël

Une Ethiopienne à la synagogue d'Addis Abeba priant et tenant les photos de membres de sa famille vivant en Israël. (Crédit : Bernard Dichek/ Times of Israel)

Une Ethiopienne à la synagogue d’Addis Abeba priant et tenant les photos de membres de sa famille vivant en Israël. (Crédit : Bernard Dichek/ Times of Israel)

Lorsqu’environ 100 immigrants Éthiopiens ont pris la route pour Israël le mois dernier, Menachem Waldman était là pour leur dire au revoir à l’aéroport d’Addis Abeba. Pour le rabbin israélien de 64 ans réalisant son 70e voyage en Éthiopie, il s’agissait d’une petite victoire supplémentaire dans une bataille amère ayant causé une peine et une agonie incommensurables à des dizaines de milliers de familles séparées.

Une bataille loin d’être terminée. Environ 8 000 Éthiopiens restent coincés en Ethiopie attendant que le gouvernement israélien les autorise à immigrer. La plupart d’entre eux ont été séparés de leurs familles arrivées en Israël il y a plus de 20 ans.

L’intérêt du rabbin Waldman pour les Juifs éthiopiens remonte au début des années 80, lorsque la première vague est arrivée en Israël et qu’un groupe s’est installé près du village de Nir Etzion dans le nord du pays. Menachem Waldman y officiait alors comme rabbin local.

« J’étais impressionné par leur lien fort avec les traditions juives », se rappelle-t-il.

En discutant avec les chefs spirituels éthiopiens appelés kesim, le rabbin Waldman s’est familiarisé avec l’histoire orale du groupe. Son travail de recherche a donné lieu à 10 livres en 30 ans sur les Juifs d’Ethiopie. Il a notamment découvert comment la communauté s’était initialement retrouvée dans ce pays d’Afrique de l’Est.

« Ils pensent que leurs ancêtres ont descendu la vallée du Nil depuis Israël dans les années ayant suivi la destruction du [Premier] Temple », explique-t-il.

Isolés des autres Juifs, ils ont suivi les lois de la Torah sans les pratiques introduites par les autorités talmudiques.

Le rabbin Waldman prie avec ses élèves à Gondar. (Crédit : Ariella Zeidman)

Les grandes connaissances de Menachem Waldman se sont révélées cruciales en 1992 lorsque le gouvernement israélien l’a envoyé en Ethiopie pour enquêter sur la controverse entourant ces Juifs convertis de force au christianisme à la fin du 19e siècle.

Ces Ethiopiens, connus sous le terme péjoratif de Falashmura, avaient désormais hâte de revenir à leurs racines juives. Certains d’entre eux étaient déjà arrivés dans l’État juif dans les années 80. Mais la plupart de ceux ayant quitté leur village pour émigrer dans les années 1990 se sont retrouvés bloqués à Gondar ou Addis Abeba, le gouvernement israélien ayant durci ses critères d’immigration.

Menachem Waldman avait recommandé sans équivoque qu’ils soient autorisés à s’installer en Israël. Rejeter des Juifs souhaitant revenir dans la communauté va à l’encontre de la loi et de l’histoire juives, avait avancé le rabbin, soulignant que des convertis des communautés juives d’Iran et d’Irak ainsi que les crypto-Juifs espagnols et portugais ont tous été accueillis dans la foi.

Leur sincérité l’a également impressionné.

Le rabbin Waldman enseigne le judaïsme à Gondar. (Crédit : Ariella Zeidman)

« Ils expliquaient que leurs pratiques non-juives revenaient à revêtir un manteau. ‘Nous sommes restés juifs à l’intérieur.’ »

D’ailleurs, ce « manteau » ne les a pas empêchés de subir la discrimination du reste de la population éthiopienne.

« Ils vivaient à l’écart des Ethiopiens chrétiens et n’étaient autorisés qu’à travailler dans des professions traditionnellement juives : le tissage, la ferronnerie et la poterie, » explique le rabbin.

Même si les Juifs convertis ont réaffirmé leur lien au judaïsme en assistant à des offices à la synagogue et en pratiquant des rituels juifs, les autorités israéliennes ont continué de semer leur chemin d’embûches. Ils restent de ce fait dans le flou, ne sachant pas si et quand ils seront réunis avec leur famille en Israël.

Le rabbin Waldman est aujourd’hui directeur des programmes d’éducation juive pour la communauté éthiopienne en Israël de l’Agence juive, un travail qui le met en contact avec des familles ayant souffert d’années de séparation.

Père et fils, Achenefe et Kasao Mula : la famille a attendu plus de 15 ans à Addis Abeba avant de pouvoir rejoindre de la famille vivant en Israël. (Crédit : Bernard Dichek/ Times of Israel)

Lors d’une visite récente du Centre Hanita d’intégration et d’immigration à Haïfa, Menachem Waldman a été accueilli chaleureusement par Kasao Mula, un jeune homme de 23 ans sur le point de rejoindre l’armée israélienne.

« Kasao était le chantre de la synagogue d’Addis, où lui, ses trois frères et son père étaient les premiers à arriver le matin pour prier », confie le rabbin.

Le processus d’immigration de la famille a été interrompu il y a 15 ans lorsque la mère de Kasao est subitement décédée peu après la réception de leur permis d’entrée.

Le père de Kasao n’étant pas juif et la mort de la mère de Kasao signifiant que lui et ses frères n’avaient plus de mère juive, le ministère de l’Intérieur avait immédiatement révoqué le permis de la famille. La grand-mère et les oncles et tantes maternels de Kasao vivaient déjà à Ashdod avec leur famille.

Un Ethiopien priant à la synagogue d’Addis Abeba. (Crédit : Bernard Dichek/ Times of Israel)

Le père de Kasao, qui avait antérieurement décidé de se convertir au judaïsme, continua d’élever ses enfants selon la tradition juive. Ce n’est qu’il y a un an qu’ils ont enfin été autorisés à immigrer en Israël.

« C’est parfaitement cruel d’avoir interdit leur venue pendant si longtemps », déplore Menachem Waldman. « Tout cela en raison d’une décision arbitraire et insensible d’un fonctionnaire du gouvernement. »

Le travail du rabbin et d’autres n’a cependant pas été vain. On estime à
50 000 le nombre d’Ethiopiens revenus au judaïsme s’étant installés dans l’État juif au cours des 26 dernières années. Leurs enfants nés israéliens et eux constituent aujourd’hui la plus grande part des 140 000 Israéliens d’origine éthiopienne.

Une bien maigre consolation pour les 8 000 restés en Ethiopie et vivant dans la pauvreté dans les villes d’Addis Abeba et de Gondar, depuis qu’ils ont quitté leur village et leur ferme plusieurs années plus tôt en prévisions d’un départ imminent.

Des Ethiopiennes à la synagogue d’Addis Abeba. (Crédit : Bernard Dichek/ Times of Israel)

En 2015, il semblait que le problème allait enfin être réglé lorsque le député Avraham Negusie pressa le gouvernement de Benjamin Netanyahu d’adopter la Résolution 716, qui permettait l’accueil immédiat du reste des Juifs d’Ethiopie. Mais plusieurs mois plus tard, le Premier ministre revint sur sa promesse, avançant que le gouvernement manquait de moyens financiers pour appliquer la résolution.

Depuis, ce manque de ressources n’a pas empêché des dizaines de milliers d’immigrants originaires d’autres pays de s’établir en Israël, tandis qu’une poignée d’Ethiopiens y ont été autorisés.

Rien qu’en 2017, près de 17 000 Juifs sont arrivés d’ancienne URSS contre seulement 1 300 Ethiopiens.

Benjamin Netanyahu a récemment de nouveau promis qu’il les ferait venir — après les prochaines élections.

En attendant, Menachem Waldman continue de se rendre régulièrement en Ethiopie où il est connu comme le Rabbin des Ethiopiens.

Debout sur son balcon de sa maison de Haïfa, il scrute le port et se rappelle comment, il y a plus de 70 ans, un bateau appelé Exodus rempli de survivants de la Shoah espérant immigrer en Israël a dû faire demi-tour.

Sa mère faisait partie des passagers. Après une lutte bien connue, elle et d’autres avaient fini par rejoindre l’État juif.

« Il est inévitable que quiconque souhaitant s’installer ici puisse le faire », conclut-il.

AMEN

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