Mike Elliott, Président du Syndicat des producteurs et distributeurs de produits cachers : « si on ne réagit pas, on court à la catastrophe » article «à la une» Israël Actualités édition du 11/07/18

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Mike Elliott, Président du Syndicat des producteurs et distributeurs de produits cachers :
« si on ne réagit pas, on court à la catastrophe »

Mike Elliott, 65 ans, est une institution lui-même. Connu comme le loup blanc aussi bien par le monde politique que celui de l’industrie ou des institutions religieuses, l’homme est un pionnier de l’agro-alimentaire. Spécialiste de la filière cacher, il a œuvré sans relâche, depuis plusieurs décennies, pour offrir à la population des produits sains, savoureux, à des prix justes et dans le plus strict respect des lois de la cacherout. Mais en 2015, les vagues conjointes d’attentats et d’alyot ont profondément déstabilisé le secteur. Mike Elliott a donc décidé de réagir…

Votre syndicat a un an d’existence, pourriez-vous nous rappeler ce qui a décidé de sa création et son champ d’action ?

Le syndicat des producteurs et distributeurs de produits cachers a, certes, vu le jour en juillet 2017, mais il a fallu attendre l’automne pour que son homologation puisse nous permettre d’entrer en action, je tiens à le préciser. La création de cet organe de défense s’avérait, de fait, nécessaire compte tenu du contexte, car le marché du cacher souffre depuis plus de 3 ans. Si l’on veut éviter qu’il disparaisse, il faut que tous les intervenants de la filière, à savoir producteurs, distributeurs, institutions religieuses et consommateurs prennent leur part de responsabilité…

Dans quelle mesure le secteur est-il en difficulté et pourquoi ?
Les vagues d’alyot, consécutives aux attentats islamistes, ont eu un impact dévastateur : non seulement des dizaines de milliers de juifs sont partis, mais encore étaient-ils ceux qui s’avéraient le plus consommateurs en matière de produits cachers. Aussi le chiffre d’affaires du secteur, pourtant florissant à l’époque, s’en est-il trouvé profondément affecté : c’est presque 35% du marché qui a disparu… Une dégringolade qui, de plus, a ruiné de nombreuses années d’efforts pour apporter nouveauté et diversité dans ce secteur… Si on ne réagit pas, on court à la catastrophe.

Comment peut-on réagir, justement ?

Je ne suis pas un fataliste l Il y a encore 500000 juifs en France, les jeunes générations se montrent plus proches du fait religieux que leurs aînés. Les familles juives françaises font des enfants. Tout ce monde, il faut le nourrir.

Par ailleurs, il ne faut pas seulement prendre en compte le point de vue consommateur : car le marché du cacher c’est une industrie et des milliers d’emplois : du boucher au chomer en passant par ceux qui délivrent les certificats, fabriquent des produits ou tiennent des commerces cachers, il faut défendre notre activité, notre gagne-pain, se mettre au travail pour proposer des nouveautés, mais aussi des prix attractifs : aujourd’hui, le thon en boîte ou la viande sont au même prix qu’en non cacher, à commerce équivalent. Le lait cacher est parfois même moins cher. Alors pourquoi acheter un produit dit autorisé si l’on peut, pour le même prix avoir du cacher ? Autant de problématiques qui justifient la création de notre syndicat et son action l

Quelles sont vos principaux objectifs ?

Défendre notre métier et la qualité de nos produits, mais aussi les intérêts de la communauté en général : j’appelle, notamment, les institutions religieuses à plus de responsabilité et de soutien. Nous leur avons envoyé plusieurs courriers à ce sujet. On ne peut pas se dire rabbin, consistoire et ne pas soutenir notre filière. Je pense aussi aux listes de produits dit « autorisés », alors qu’aucune surveillance ne valide leur conformité à la cacherout. Les rabbins qui produisent ces listes ne les consomment pas eux-mêmes. Alors est—ce cacher ou pas ? Cette cacherout à deux vitesses introduit confusion et errance pour le consommateur. Cela a aussi pour conséquence de le détourner des commerces et des produits spécifiques. Au final, c’est une balle dans le pied que se tire la communauté car si elle ne soutient pas cette économie, ce secteur, elle finira par voir
tous les produits qu’elle affectionne disparaître et devra se contenter de quelques paquets de pain azyme à Pessah, qu’elle achètera en supermarchés classiques l Prix, qualité, méthodes de fabrication, avec nous tout est clair et transparent : manger cacher, c’est un choix, le consommateur est libre, mais pour le rendre responsable, il faut l’informer. Et c’est ce que nous nous employons à faire !

Israel Actualités  Edition du 11 juillet 2018 au 17 juillet 2018  page 25

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